GLP-1 et comportement alimentaire : manger moins ne signifie pas toujours manger mieux...

Une solution magique à la perte de poids ?

LES GLP-1

Quand l'appétit change, qu'en est-il de notre rapport à l'alimentation ?

Les traitements de la famille des GLP-1, comme le sémaglutide ou le tirzépatide, ont profondément modifié la prise en charge médicale de l’obésité ces dernières années. En diminuant l’appétit, en augmentant la sensation de satiété et, chez certaines personnes, en réduisant considérablement la place que la nourriture occupe dans les pensées, ils peuvent apporter un véritable soulagement. Et il serait absurde de nier leur intérêt. Mais lorsqu’on travaille sur le comportement alimentaire et la relation à l’alimentation, une autre question se pose : Est-ce que manger moins signifie forcément que notre relation à la nourriture va mieux ? Pas nécessairement.

Ce que les GLP-1 peuvent réellement changer dans l’alimentation

Les médicaments agissant sur le GLP-1 interviennent notamment sur les mécanismes impliqués dans la régulation de l’appétit et de la satiété. Sous traitement, certaines personnes décrivent moins de faim, des quantités spontanément plus petites, moins d’envies alimentaires et parfois une diminution très importante de ce que l’on appelle aujourd’hui le food noise : ces pensées répétitives autour de la nourriture qui peuvent prendre énormément de place au quotidien. Pour une personne qui vivait jusque-là avec une faim importante, des préoccupations alimentaires permanentes ou certains épisodes de perte de contrôle, cette diminution peut être extrêmement bénéfique.
Et c’est important de le reconnaître. Le GLP-1 peut être une aide. Mais une aide n’est pas forcément une résolution de tout ce qui se joue dans notre façon de manger.

Manger moins n’est pas forcément avoir réparé sa relation à l’alimentation

C’est probablement ici que se situe l’une des nuances les plus importantes lorsqu’on parle de GLP-1 et de comportement alimentaire. Une compulsion alimentaire, par exemple, n’est pas toujours simplement la conséquence d’un excès de faim. Elle peut s’inscrire dans une histoire beaucoup plus complexe : régimes répétés, restrictions alimentaires, peur de grossir, culpabilité après avoir mangé, alimentation émotionnelle, difficulté à gérer certaines émotions, règles alimentaires très rigides, déconnexion des sensations corporelles ou encore rapport douloureux au corps. Un traitement peut diminuer suffisamment l’appétit ou l’intérêt pour la nourriture pour que certains de ces comportements deviennent moins présents. Mais leur diminution ne nous dit pas nécessairement ce qu’il est advenu de ce qui les entretenait. On peut manger moins sans avoir appris à manger plus sereinement. On peut avoir moins de compulsions tout en restant terrifié à l’idée de prendre du poids. On peut penser beaucoup moins à la nourriture tout en continuant à classer les aliments entre ceux que l’on s’autorise et ceux que l’on redoute. On peut perdre du poids tout en conservant une relation extrêmement difficile avec son corps.
Et on peut ressentir très peu de faim sans pour autant avoir appris à écouter et comprendre ses sensations alimentaires. C’est précisément pour cela que le travail sur le rapport à l’alimentation ne peut pas se résumer au nombre de kilos perdus ou aux quantités mangées.

Quand le GLP-1 peut devenir une véritable fenêtre pour travailler autrement

Il ne s’agit donc absolument pas d’opposer traitement médicamenteux et accompagnement du comportement alimentaire. Ils peuvent au contraire être complémentaires. Chez certaines personnes, la diminution de la faim, des envies alimentaires ou de l’omniprésence des pensées autour de la nourriture crée un espace qui n’existait tout simplement pas auparavant. Et cet espace peut être précieux. Lorsque toute l’énergie mentale n’est plus mobilisée par la nourriture, il peut devenir plus facile d’observer ce qui se passe réellement lorsqu’on mange. Pourquoi est-ce que je mange ? Qu’est-ce qui déclenche certaines envies ? Est-ce que je sais encore reconnaître ma faim ? Comment est-ce que je perçois ma satiété ? Est-ce que certains aliments continuent à me faire peur ? Est-ce que je m’autorise réellement à manger ou est-ce simplement devenu plus facile de ne pas manger ? Le traitement peut alors devenir un soutien au changement, plutôt qu’un substitut au travail sur le comportement alimentaire.

Le risque : confondre diminution du symptôme et changement de fond

C’est une distinction essentielle. Si je n’ai plus envie de manger parce qu’un médicament agit fortement sur mon appétit, cela ne signifie pas nécessairement que j’ai appris à reconnaître et respecter ma faim. Si certains aliments ne m’attirent plus, cela ne signifie pas forcément que j’ai dépassé la peur ou la culpabilité que j’avais à les manger. Et si mes compulsions alimentaires diminuent, cela ne signifie pas automatiquement que j’ai compris ce qui les déclenchait ou développé d’autres façons de répondre à ce qui les entretenait. La question n’est donc pas seulement : Est-ce que je mange moins ? Elle devient aussi : Qu’est-ce qui a réellement changé dans ma relation avec la nourriture ? Et cette différence est fondamentale, notamment lorsque l’on s’interroge sur ce qui pourra se passer à plus long terme.

GLP-1, compulsions alimentaires et TCA : une vigilance particulière

La question devient encore plus importante lorsqu’il existe déjà une histoire de troubles du comportement alimentaire (TCA) ou de comportements alimentaires perturbés. Compulsions alimentaires, hyperphagie, restriction, alternance entre contrôle rigide et perte de contrôle, peur de grossir, culpabilité alimentaire ou préoccupations corporelles importantes méritent d’être prises en compte lorsqu’un traitement agissant fortement sur l’appétit est envisagé ou déjà utilisé. Les recherches concernant spécifiquement l’utilisation des GLP-1 chez les personnes souffrant de TCA restent encore limitées. Cela ne signifie pas que ces traitements sont systématiquement incompatibles avec un trouble du comportement alimentaire. Cela signifie qu’il serait trop simpliste de considérer la disparition ou la diminution d’un comportement comme la preuve que la difficulté qui l’accompagnait est elle aussi résolue. Chez certaines personnes, la diminution des compulsions peut représenter un soulagement considérable. Chez d’autres, la diminution très importante de l’appétit peut aussi venir renforcer une tendance à la restriction ou certaines préoccupations autour du poids. Il n’existe donc pas une réponse identique pour tout le monde. D’où l’importance d’une prise en charge individualisée et, lorsque cela est nécessaire, pluridisciplinaire.

Être accompagné sur son comportement alimentaire pendant un traitement par GLP-1

L’accompagnement nutritionnel d’une personne sous GLP-1 ne devrait pas nécessairement consister à ajouter encore davantage de règles alimentaires. Il peut au contraire permettre de profiter de cette période pour observer et travailler plus profondément sa relation à la nourriture.
Comment reconnaître sa faim lorsqu’elle devient beaucoup plus discrète ?
Comment continuer à répondre correctement aux besoins de son corps lorsque l’appétit diminue fortement ?
Comment différencier satiété, absence d’envie et restriction ?
Que deviennent les envies de manger émotionnelles ?
Que se passe-t-il avec les aliments auparavant considérés comme interdits ?
Et surtout : qu’est-ce qui, dans le comportement alimentaire, est réellement en train de changer au-delà de l’effet du médicament ?
Ces questions prennent encore davantage de sens lorsque l’histoire alimentaire est déjà marquée par les régimes, la restriction, les compulsions, l’hyperphagie, la culpabilité de manger ou une relation difficile au corps.

GLP-1 : ni solution miracle, ni ennemi du comportement alimentaire

Réduire le débat à « les GLP-1 sont formidables » ou « les GLP-1 sont dangereux » ne nous aide finalement pas beaucoup. Ce sont des outils thérapeutiques qui peuvent avoir une réelle utilité lorsqu’ils sont médicalement indiqués. Ils peuvent modifier profondément l’appétit, la satiété, les quantités consommées et parfois la place que la nourriture occupe mentalement.

Mais un médicament qui agit sur l’appétit ne peut pas, à lui seul, raconter toute l’histoire de notre relation à la nourriture. Et c’est probablement là que se situe la nuance la plus importante car le e GLP-1 peut changer la façon dont vous ressentez la faim, les quantités que vous mangez ou la place que la nourriture occupe dans votre tête. Le travail sur le comportement alimentaire permet, lui, de comprendre comment vous mangez, ce qui influence votre façon de manger et comment construire progressivement une relation plus sereine et plus souple avec l’alimentation. Les deux ne sont pas nécessairement opposés. Ils peuvent même, dans certaines situations, se compléter.

Travailler sa relation à l’alimentation à Paris

En tant que diététicienne-nutritionniste à Paris 8 spécialisée dans le comportement alimentaire et les troubles du comportement alimentaire, j’accompagne les personnes qui souhaitent travailler sur leur relation à la nourriture, qu’elles prennent ou non un traitement par GLP-1. L’objectif n’est pas de décider à la place du médecin si ce traitement est indiqué ou non.

Mon travail se situe ailleurs : comprendre avec vous ce qui se joue dans votre alimentation et faire en sorte que la diminution de l’appétit ne soit pas la seule chose qui change. Parce qu’au-delà du poids et des quantités mangées, une autre question mérite peut-être d’être posée : Comment voulez-vous vivre votre relation avec la nourriture lorsque manger ne sera plus un combat ?

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